Qu'es-ce que la voyance ?
On désigne par le terme voyance la revendication d'une capacité à percevoir une information en dehors de l'usage des cinq sens. La personne qui aurait cette capacité est généralement appelé "voyant(e)" et propose des consultations à des clients qui sont en attente de révélations afin de préparer leur avenir.
Attention, l'historique de la voyance n'est pas celui de l'astrologie. On peut imaginer que les voyants ont une position sociale importante depuis des dizaines ou centaines de milliers d'années, en touchant par exemple à la sorcellerie, alors que l'astrologie est très récente, puisque nécessitant un minimum de connaissances astronomiques, donc mathématiques. Au cours des âges, l'astrologie a utilisé divers supports : l'observation des étoiles, comètes, éclipses et autres phénomènes astronomiques est l'un des plus connus. Au Sud de la Mésopotamie (Irak actuel), la civilisation de Sumer jeta les bases de l'astronomie et l'astrologie autour de 2500 avant J.-C. Encouragés par les souverains, les prêtres astronomes et astrologues ont poussé au fil des générations de plus en plus loin les observations des phénomènes météorologiques et astronomiques, dans un but prospectif. Toutes ces connaissances nourriront les civilisations suivantes : grecque, romaine, arabe…
1 000 ans avant J-C., dans la région du golfe du Mexique, les Olmèques posent les bases d'une astrologie qui sera adoptée ensuite par les civilisations toltèque, maya et aztèque. Aujourd'hui encore, dans les Andes Centrales, les paysans continuent d'utiliser un système de prédiction du climat datant de l'empire Inca, basé sur l'observation des Pléiades, afin de déterminer la date propice à la plantation des pommes de terre.
Dans l'ancien testament de la Bible, une loi hébraïque interdit aux tribus d'Israël de faire usage de la divination(Deutéronome 18.10-12) "Qu'on ne trouve chez toi personne qui fasse passer par le feu son fils ou sa fille, qui s'adonne à la divination, aux augures, aux superstitions et aux enchantements, qui ait recours aux charmes, qui consulte les évocateurs et les sorciers, et qui interroge les morts." L'évocation détaillée de ces pratiques mantiques laisse à penser qu'elles étaient alors répandues parmi les populations contemporaines des Hébreux, dans cette région du monde.
Autour du Ier au IVe siècle, en Grèce et à Rome, ce fut l'apogée des haruspices, prétendant lire l'avenir dans le comportement ou les entrailles des animaux. Cette méthode de "prédiction" était d'un usage courant pour juger les crimes dans la Rome antique. L'auteur latin Cicéron, dans de divinatione, brosse autour de -44 avant J.-C. un tableau très complet des pratiques de son époque (augures, aruspices, astrologie prophétie, oniromancie...) et se livre à une critique méthodique des arguments en faveur de la divination, sous forme d'un dialogue entre son frère Quintus et lui.
À la même époque se développa en Asie le Yi King (ou Yi Jing : basé sur la philosophie taoïste du Yin-Yang, il s'appuya d'abord sur l'interprétation des fendillements des carapaces de tortues exposées à la chaleur, puis sur le lancer de 50 tiges d'achillée sèches. De nos jours le jet de pièces de monnaies est fréquemment utilisé. Cet oracle repose sur 64 figures (ou hexagrammes) constituées par l'empilement de six traits, qui peuvent être pleins ou brisés, mutables ou non. Par le jeu des mutations, on arrive donc à 4 096 combinaisons possibles. L'interprétation des hexagrammes est écrite dans le "Livre des mutations" (Yi-King), ouvrage métaphysique taoïste de la Chine antique, attribué au souverain Fo Hi, qui l'aurait rédigé pendant une période d'emprisonnement. Cet antique outil d'aide à la décision connut un regain de popularité dans les années 1960 dans certains milieux intellectuels, notamment aux États-Unis.
Des plantes psychotropes sont parfois utilisées pour accéder aux visions prophétiques : le soma, une boisson hallucinogène utilisée en Inde antique par les prêtres, leur permettait ainsi de « voir les dieux ». Cette pratique de consommation d'hallucinogènes à des fins divinatoires trouve probablement son origine dans les sociétés primitives et le chamanisme.
Durant le Moyen Âge, en Europe surtout et un peu moins en Afrique du Nord, ce sont les astres qui vont redevenir le support préféré des voyants : l'astrologie, ancienne mais encore marginale, prend son essor. D'après la théorie chrétienne d'alors, les étoiles sont en effet des disques derrière lesquels se cachent des anges ou des chérubins, et leur mouvement est en fait un signe. Le ciel s'organise donc en constellations, les années en périodes zodiacales, permettant par de savants calculs de déterminer l'horoscope. Nostradamus fut un astrologue reconnu de son vivant (qui rencontrait et conseillait nombre de personnalités); il a écrit un ouvrage dans lequel il dévoile, selon lui, tous les événements qui devraient se dérouler jusqu'en 2060 environ, date selon lui de la fin d'un monde.
Nostradamus, né Michel de Nostredame, cité plus haut, a établi des prévisions qui, de par la langue et le style employés, sont proprement indéchiffrables (ou à tout le moins sujettes à une foule d'interprétations possibles ce qui, bien évidemment, multiplie les possibilités de « tomber juste »).
De manière générale, diverses disciplines constituent les "arts divinatoires" : tarot, astrologie, boule de cristal, etc. Ces pratiques sont bien implantées dans la société, on estime que 21% des femmes et 9% des hommes en France ont déjà rencontré au moins une fois un ou une voyant(e). Le chiffre d'affaires annuel global des quelques 100 000 professionnels de la voyance et de l'occulte est évalué en ce début de XXIe siècle à près de 3 milliards d'euros, ce qui représente environ 15 millions de consultations par an.
La voyance fait l'objet d'études scientifiques à la fin du XIXe siècle avec la Society for Psychical Research fondée à Londres en 1882.
En France, c'est en 1919 qu'est fondé l'Institut Métapsychique International (IMI). Il se définit comme « une alternative officielle entre les dérives de la crédulité et l'excès de scepticisme ».
La recherche fait de grands progrès dans les années 1930 aux États-Unis, sous l'impulsion de Joseph Banks Rhine qui développe des méthodes d'analyse statistique rigoureuses pour tenter de définir le phénomène.
Depuis, de nombreux protocoles d'expérience ont été mis en œuvre. Le plus célèbre d'entre eux est l'expérimentation StarGate aux États-Unis. En 1974 et pendant 20 ans, la CIA a coordonné et dépensé plusieurs millions de dollars dans un programme de recherche sur la clairvoyance destiné à trouver et tester des médiums. L'armée américaine fera ainsi appel à des « espions psy » tels que Joseph McMoneagle.
Plus engagé dans le rationalisme, un Laboratoire de Zététique a été créé en 1998 à l'Université de Nice en lutte contre la « pensée irrationnelle » dans le but de former chez l'individu « une capacité d'appropriation critique du savoir humain ».
Une expérience réalisée en 2001 et publiée dans la prestigieuse revue Science révèle que le taux de chance pour un « voyant » de deviner la ou les main(s) (gauche ou droite, aucune ou les deux) que le témoin va poser est égal voire inférieur au hasard (une chance sur 4).
Toutefois, il n'existe pas d'étude statistique à grande échelle permettant de juger de la fiabilité de tous les types de voyance même si, pour l'instant, toutes les études scientifiques sur tel ou tel point de la voyance (cf. ci-dessus) ont toujours démontré l'absence d'effet voyance.
Enfin, l'activité de voyance ne faisant l'objet d'aucun enseignement organisé, ni d'un contrôle réglementaire, elle peut faciliter les agissements malhonnêtes de certains escrocs dénués de toute faculté extra-sensorielle.